Exposition, Couleur et Balance des blancs
Il faut avouer qu’elles ne sont pas simples ces notions de balance des blancs (bdb) et de température de couleurs

. Sans avoir la prétention de faire un tour complet de la question je vais essayer de rendre compréhensibles les concepts et surtout de résoudre les ambiguïtés. Pour les détails et les approfondissements il faudra aller creuser dans vos lectures

.
Petit Préambule
Vous savez que les couleurs des objets sont en fait le résultat de l’absorption d’une partie de la lumière blanche émise par une source qui se réfléchissant sur les objets avant d’attendre notre œil (ou un film ou encore un capteur). Une surface qui absorbe toutes les couleurs sauf le vert sera verte. Une surface blanche est une surface qui n’absorbe théoriquement aucune couleur,
elle renvoie (réfléchit) toute la lumière qui lui parvient (lumière incidente), et elle paraît blanche.

Il est important de tenir compte de cette réflexion (premier jeu de mot à deux balles

) car cela détermine l’exposition (point 1) mais pas seulement comme on le verra plus tard (point 2) et dans une autre fiche d’ABC
1. Comment bien exposer ? La balance des blancs et l’exposition
Mais d’abord est-ce qu’il existe des surfaces blanches? Ah, la question ! On en doute autant que le vrai noir existe. Les surfaces blanches ne renvoient jamais 100% de la lumière. Ce n’est donc pas du blanc mais du
gris clair (nuance subtile que notre cerveau transforme en « blanc »). Et c’est cette lumière réfléchie que la cellule
(posemètre) de votre appareil mesure. Ensuite, que vous soyez en mode auto ou pas, le couple vitesse/ouverture sera choisi (par l’appareil ou vous selon le mode cas) en fonction de cette mesure de la lumière et la sensibilité choisie (ISO).
L’appareil vous donnera ces couples vitesse/ouverture en fonction d’un
« gris clair » moyen qui en photographie a été donné à
environ 18%. C’est un étalon choisi à mi-chemin (subjectivement) entre le blanc et le noir. D’ailleurs photographiez une feuille blanche en auto, vous verrez elle apparaît grise (clair). Les appareils sont étalonnés comme cela, pour faire en sorte que vous ayez la bonne quantité de lumière. On parle alors d’indice de lumination
( IL ou en anglais exposure value « EV », article dans l'ABC ici).
Qu’est-ce qu’on en a à faire ? Et bien sachant cela, vous comprenez pourquoi en ambiance neigeuse en plein soleil (grand blanc immaculé) votre appareil en mode auto ou en mesure multi-zone dans d’autres modes rend tout le reste de la scène (les arbres autour ou la personne) très sombre. Il va considérer que l’ensemble est gris clair et pour rendre cela, pour faire en sorte que cela corresponde à son étalonnage l’image sera globalement sous-exposée (ce que votre cerveau corrige quand vous regardez la scène). Il faudra donc surexposer (monter les IL) pour avoir une scène correctement exposée. Les photographes pros utilisent une cellule
* à la main pour faire une mesure plus précise (de la lumière réfléchie comme votre posemètre ou de la lumière incidente ; l’éclairement). Les appareils avec des modes scènes en tiennent compte : le mode « neige » surexpose.
Posemètre analogique
Posemètre digital
L'utilisation de la balance des blancs avec le menu adéquat de votre appareil permet de mémoriser comment dans la situation dans laquelle vous vous trouvez (en termes de lumière) le gris 18% se comporte, comment il renvoie la lumière. On utilise alors une
charte grise pour le mieux (ou le plat de la main si on n’en a pas mais il faut fermer 1/3 d’IL alors). Notez que dans la plupart des scènes courantes la balance auto se débrouille bien. En RAW, vous prenez une photo de la charte grise avant les clichés que vous allez prendre puis lors du post-traitement vous utiliserez ce cliché et la pipette présente sur la majorité des logiciels pour définir la balance des blancs.
Charte de studio
Charte type carte
2. Comment retrouver des couleurs vraies ? La balance des blancs et la couleur. Avant le numérique on choisissait les films en fonction de leur sensibilité mais aussi en fonction de leur capacité à rendre les couleurs en fonction du type de lumière. Pourquoi faire? On y vient, on y vient…
En préambule j’ai dit que le blanc est donné théoriquement pour un objet qui renvoie toute la lumière (lumière réfléchie) qu’une
source lumineuse, supposée blanche, a émise. Mais la lumière blanche émise ça existe ? Et bien là aussi on en doute. On perçoit subjectivement la lumière comme blanche qu’elle vienne d’un néon, d’un flash, d’une ampoule classique, du soleil…mais ce n’est pas vrai objectivement. Le problème c’est que notre capteur lui est objectif (ouah le jeu de mots photographique

encore!) et on aimerait qu’il rende ce que nous percevons subjectivement. Comment faire ?
Patientez encore un peu, je fais juste un détour par la notion de
température d’une couleur. Cela paraîtra plus clair (encore un jeu de mot subtil avec la lumière

punaise, ce Rod! ).
D’où cela vient cette histoire de couleur? En théorie (car il n’existe pas) on suppose qu’un corps noir change de couleur en fonction de la température qu’il atteint; il devient blanc à une certaine
température (donnée en Kelvin, °K, le corps est noir à 0°K lorsqu’il est noir). Prenez l’exemple d’une barre de fer qu’on chauffe, elle devient jaune, orange, rouge, blanche puis bleue au fur et à mesure qu’on la chauffe
**.

Le truc c’est que le blanc des différentes source de lumière que nous percevons et que nous utilisons en photographie ne proviennent pas d’un « corps noir » chauffé mais du soleil, d’un fil chauffé dans l’ampoule…etc…Et ils sont blancs à des températures différentes. Par rapport au blanc théorique le blanc émis par une source S pourra être dans les bleutés ou les rougeâtres. Du coup ces sources de lumière étant différentes il y a un léger décalage dans les couleurs. La couleur de la lumière blanche au départ n’étant pas vraiment blanche, la lumière réfléchie par les objets ne correspondra pas à sa vraie couleur. Ainsi, si vous photographiez en lumière du jour avec une balance des blancs en mode tungstène (ampoule classique : 3200°K) les couleurs seront légèrement rougeâtres, verdâtres si vous faites l’inverse.
On y est!

Lorsque vous faites
la balance des blancs dans le menu de votre appareil numérique, ce qu’on ne pouvait pas faire en argentique (mais on a gardé le même vocabulaire) vous pouvez choisir des étalons différents, des normes données pour tous : lumière du jour (5500° K en plein soleil), lumière néon, lumière tungstène ; ce sont des réglages prédéfinis de la température des sources qu’on connaît.


Vous pouvez aussi choisir la température de la lumière (plus subtil). L’appareil paramétra le rendu des blancs et des couleurs. En jpeg c’est nickel. La fonction bdb auto (AWB ; auto white balance) s’en sort dans les situations classiques. Si vous êtes perfectionniste, la photo en Raw avec une charte grise comportant un point blanc et un point noir rendra encore mieux les couleurs « naturelles » (celles qu’on perçoit à l’oeil nu). Le logiciel sachant qu’est ce que le gris le blanc et le noir pour notre œil va corriger non seulement l’exposition mais également la déviation des couleurs en fonction de cette charte. Le gris clair à 18% suffit souvent pour définir aussi bien l’exposition que la température d’où la confusion fréquente des termes qui pousse à la polémique qu’on peut lire ici ou là.
Notez que dans certaines circonstances l’éclairage ne se trouve pas dans la liste pré-calibrée (l’éclairage public par exemple) ou lorsque le soleil se lève ou se couche d’où l’intérêt de la charte. Si vous êtes encore plus perfectionniste, utilisez un thermocalorimètre !
Analogique
Digital
Voilà vous savez pas mal de choses sur la balance des blancs. J'espère que ce n'était pas trop ennuyeux

. Difficile de faire plus court pour moi.
Il reste à savoir des choses concernant ce que votre écran peut reproduire en termes de blanc, de noir et de couleurs

.
Cela fera l’objet d’une autre fiche de l’ABC concernant l’étalonnage de la chaîne graphique et les profils ICC. La lecture de cette partie vous servira alors.
* Il existe plusieurs types de posmètres (souvent appelés"cellules"): des posemètres qui mesurent la lumière incidente, la lumière réflechie ou celle émis par un flash (flashmètre). Pour la lumière réflechie la plus part permettent de mesurer la lumière d'une surface relativement large (30° à 50°) mais certains permettent en plus des mesures ponctuelles (angle retreint de 1° à 5°; ce sont des spotmètres alors) . Les flashmètres quant à eux permettent une mesure des éclairs et du cumul de l'illumination d'un sujet exposé à plusieurs sources (lumière incidente ambiante plus le ou les flashs, la cellule est tournée vers l'objectif).
**remarquez que ce qu’ l’on appelle une couleur chaude en langage courant (orange) est en fait théoriquement issue d’un corps moins chaud que ce qu’on appelle une couleur froide (bleue).